Pourquoi une heure fait 60 minutes : l'héritage de Babylone sur votre poignet

Par Sam Arkwell · publié le 8 septembre 2026

Pourquoi une heure fait 60 minutes : l'héritage de Babylone sur votre poignet : illustration

Tout le reste s’est décimalisé : les mesures, les monnaies, les poids. Le mètre a remplacé la toise, le kilo la livre, et pourtant votre montre continue de compter comme les scribes de Babylone : 60 secondes, 60 minutes, et des journées de 24 heures. Cette anomalie de 4 000 ans a une histoire, un argument mathématique étonnamment solide, et même un épisode français où l’on a essayé d’en sortir. Spoiler : le 60 a gagné.

Babylone compte sur ses phalanges

Le fil remonte à la Mésopotamie, vers 2 000 avant notre ère. Les Babyloniens, héritiers des Sumériens, calculent en base 60 : leur système de numération, gravé sur des milliers de tablettes d’argile, compte par paquets de soixante là où nous comptons par paquets de dix. L’origine probable de ce choix tient dans la main : on compte les 12 phalanges des quatre doigts avec le pouce d’une main, et les multiples sur les 5 doigts de l’autre, 12 × 5 = 60. Une calculatrice anatomique.

Leurs astronomes, les meilleurs de l’Antiquité, appliquent cette base à la voûte céleste : le cercle est divisé en 360 degrés, environ un degré par jour de course solaire. Des siècles plus tard, les astronomes grecs, Hipparque puis Ptolémée, reprennent l’outillage babylonien et l’appliquent au temps : l’heure est divisée en 60 « partes minutae primae », les premières petites parties, nos minutes, chacune redivisée en 60 « partes minutae secundae », les secondes parties, nos secondes. Les mots eux-mêmes portent l’étiquette de fabrication.

Les 24 heures, elles, viennent d’Égypte : 12 heures de jour au cadran solaire, 12 heures de nuit aux étoiles, base 12 oblige. La fusion des deux traditions chez les Grecs a produit le paquet complet qui tourne encore sur votre horloge : 24 heures de 60 minutes de 60 secondes.

L’argument qui a tout fait tenir : les divisions

Pourquoi cette survie, quand tout le reste passait en base 10 ? La réponse est mathématique, et elle est belle : 60 est le champion des diviseurs. Il se divise exactement par 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30. Le nombre 100, lui, ne se divise proprement ni par 3, ni par 6, ni par 12. Or le temps se partage sans cesse : une demi-heure, un quart d’heure, un tiers d’heure de 20 minutes, dix minutes, cinq minutes, toutes ces fractions tombent rond en base 60.

Faites l’essai en décimal : le tiers d’une heure de 100 minutes vaut 33,333… minutes, le quart de journée décimale 2,5 « heures ». La base 60 absorbe les fractions du quotidien sans virgule, et c’est exactement ce qu’on demande à un système horaire : des rendez-vous « et quart », « et demie », « moins vingt » qui tombent juste. Les Babyloniens n’avaient pas choisi 60 par hasard, et quarante siècles d’utilisateurs ont ratifié.

La preuve par l’échec est française. En 1793, la Convention décrète le temps décimal : journées de 10 heures, heures de 100 minutes, minutes de 100 secondes, minuit à 10 heures, midi à 5. Des horlogers produisent de superbes montres à double cadran. Le public, lui, refuse net : remplacer toutes les horloges du pays, réapprendre tous les repères, pour gagner quoi ? Le système est suspendu dès 1795, seule décimalisation révolutionnaire à avoir capitulé. Le mètre a conquis le monde ; l’heure décimale est au musée.

Le plus vieux standard encore en service

Le bilan force le respect : la base 60 appliquée au temps est probablement le plus ancien standard technique en activité continue de l’humanité. Les empires sont passés, l’écriture cunéiforme s’est éteinte, mais chaque seconde affichée par votre chronomètre compte à la babylonienne. Sa cousine angulaire vit tout aussi bien : degrés, minutes et secondes d’arc quadrillent toujours les cartes marines et les catalogues d’étoiles.

Et l’histoire a une dernière élégance : la seconde, arrière-petite-fille des tablettes d’argile, est devenue l’unité la plus précisément définie de toute la physique, calée sur les vibrations de l’atome de césium avec quatorze décimales. Les héritiers des scribes mésopotamiens mesurent aujourd’hui leur soixantième de soixantième d’heure au milliardième près.

La prochaine fois qu’un minuteur égrène ses 60 secondes, ou qu’une journée vous semble ne pas faire ses 24 heures, ce qui est d’ailleurs littéralement vrai, une pensée pour Babylone s’impose : quatre mille ans plus tard, nous comptons toujours le temps sur leurs phalanges.

Vos questions

Pourquoi y a-t-il 60 minutes dans une heure ?

L'héritage vient des astronomes de Babylone, qui comptaient en base 60 il y a environ 4 000 ans. Leur système a traversé les Grecs, qui ont divisé l'heure en 60 minutes puis la minute en 60 secondes, et il ne nous a plus quittés. Le choix du 60 n'était pas un hasard : ce nombre se divise par 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20 et 30, un record de souplesse pour le calcul des fractions.

Pourquoi 24 heures dans une journée ?

Ce découpage vient des Égyptiens : 12 heures de jour, mesurées par les cadrans solaires et liées à leur façon de compter en base 12 (les phalanges des quatre doigts), et 12 heures de nuit, suivies grâce aux étoiles. Les deux traditions, 24 heures égyptiennes et subdivisions babyloniennes en 60, ont fusionné chez les astronomes grecs.

A-t-on déjà essayé l'heure décimale ?

Oui : la Révolution française a instauré en 1793 la journée de 10 heures de 100 minutes de 100 secondes. Le système, imposé quelques mois à peine, a été abandonné dès 1795 : personne ne voulait remplacer ses horloges, et la base 60 rendait trop de services. Les montres décimales de l'époque sont devenues des pièces de collection.

La base 60 sert-elle encore ailleurs que pour le temps ?

Oui, dans la mesure des angles : le cercle de 360 degrés, chaque degré divisé en 60 minutes d'arc et chaque minute en 60 secondes d'arc, vient des mêmes astronomes babyloniens. Géographes, marins et astronomes comptent toujours ainsi, ce qui fait de la base 60 le plus ancien standard technique encore en service.

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